Tous les jours depuis bientôt quatre ans, je m’en vais contempler ce splendide décor de printemps. Le soleil se réveille, caresse l’étang en finesse pour le sortir de sa paresse. Sur le chemin caillouteux où poussent de superbes fleurs parfumées, je me balade sur mon vélo violet. Ces senteurs printanières si fragiles embaument mes narines sensibles. Un heureux papy tenant un enfant par la main se promène en famille tout en sifflotant ce refrain : “il fait beau, il fait bon, la vie coule comme une chanson”… de notre “Cloclo” national. Des chiens non attachés mais habitués gambadent de tous côtés. Quelle douceur ! Le rivage calme et transparent m’offre une vue imprenable sur les algues ondulant au gré des vaguelettes et les limaces de mer aux couleurs si vives et si parfaites. Au fur et à mesure que la nuit descend, Dame Lune, esseulée au beau milieu du firmament, illumine notre jardin secret de son joli croissant doré. Les mouettes, de leur bel envol, glissent sur l’eau, un “plouf” trouble ce silence et mon repos. Plusieurs embarcations amarrées par-ci par-là, attendent paisiblement leur virée quotidienne. Je garde le bon souvenir d’un mercredi ensoleillé où l’heure des festivités venait de sonner, n’oubliant pas la crème à bronzer, la glacière et les bières, le gâteau, le maillot, surtout le jerricane et les éternelles cannes. “Vite vite, j’accélère jusqu’à l’embarcadère”. A l’intérieur de son “Petit baigneur” - en hommage au célèbre acteur comique Louis de Funès - le capitaine détache les amarres et au quart de tour le moteur démarre. Une fois installée à l’endroit recherché et les deux ancres lancées, je rabats la casquette, chausse mes lunettes et avec les gros “bibis” (appâts), plus de souci. “Daurades, dorades, tenez-vous bien, on vient !”. Pendant que je cale, elles cavalent, et notre passagère la brise vient me déposer une bise. Ravis, nous attendons patiemment l’instant qui troublera cet agréable moment. En guise de bonne pêche, ce fut la dèche… Mais comme le chantait gaiement notre Carlos regretté - “tout nu et tout bronzé, on est bien, on est beau, quand revient l’été” - ce n’était juste qu’une partie remise, nous remémorant notre sublime voyage en gondole à Venise… Hier, j’y ai observé un fabuleux coucher de soleil. Cette couleur orangée se laissant aller sur le bleu azuré improvisait, comme à la craie, un dessin magique et unique. Une autre fois, cet astre harmonieux aux reflets éclatants tirait sa révérence tout simplement. Les cumulus de mai, en forme de flocons grisés, ressemblaient à un troupeau de brebis bouclées. Cependant Dame lune refusait de s’amuser avec eux et se dissimulait parmi ces boules de coton pendant que l’étang flirtait avec les poissons. Fréquemment, cette immensité aux tonalités bleutées variait sensiblement, du pastel au myosotis, de la pervenche à la lavande en passant par l’outre-mer ou le noir, ces impressionnants nuages emboîtés crayonnaient les contours d’un puzzle, c’était beau à voir ! En solo dans le lointain, un point lumineux de “long courrier” clignotait. Quelques temps après, le voile s’est enfin déchiré permettant d’admirer la magnifique constellation de la voûte céleste. Voilà qu’ici résonnait minuit enchanté. Mon ami le vent séduit par Dame Lune en beauté, auprès d’elle sans bruit se prélassait. L’aventurière, ronde, étincelante comme un diamant, toujours brillante si délicieusement, jouait souvent à l’actrice. Cet assistant, très amoureux, cédait à ses caprices. Ce vieux couple m’enveloppait d’une tendre malice. Soudain, la pluie, sans vice, versa une larme de bonheur, selon l’humeur elle y allait parfois de bon cœur. Miss Etoile resplendissait de mille feux pour illuminer ce paysage bienheureux. Maître Eclair, façon de les chatouiller, claquait en l’air en guise d’artificier, afin de les manipuler. L’orage si coquin me transmettait un message clandestin : “encore une nuit blanche, ce n’est pas tous les jours chance, la pleine lune possède son avantage et nous tournons ainsi la page”…!!!  Au cours d’une longue promenade, je percevais le clapotis de l’eau salée qui caressait les rochers et la complainte du vent qui faiblissait, satisfait de sa journée mouvementée. Je me posais un instant sur ce banc érodé au cœur de la charmante place pavée, au milieu des caisses renforcées et des bouées bariolées. La plage de sable cristallin rythmait en cadence toute les nuances du matin. Le varech si sec, les cailloux de partout, il est passé, le Petit Poucet ? Je respirais l’odeur forte de l’iode en cette généreuse période. Tout près des filets, les nasses et mes orteils se doraient là, au soleil. Même des chats tigrés se prélassaient sur la pelouse bien taillée et complétaient ainsi ce havre de paix. Les six marches d’escaliers cimentées facilitaient la descente pour aller me baigner. Déguisée en requin suivi par ses rémoras,  je m’voyais déjà - non pas en haut de l’affiche - mais avec une flopée de seiches dans la bourriche, et surtout une pêche d’enfer, prête à badiner sur “Les dents de la mer”. Quelle amusante baignade et savoureuse orangeade ! Après cette rafraîchissante collation, je reprenais ma marche sans hésitation et lézardais le long de la berge, tout en frottant mes souliers sur l’herbe mouillée. Soudain, mon imagination s’emballait. J’apercevais tout là-bas “les petits rats de l’Opéra”, virevoltant et sautillant élégamment, vêtus de leur tutu magique tel un cygne magnifique, plaçant leurs différents pas au rythme de la musique… Ma rêverie se transformait soudain en vision d’horreur par rapport à ces rongeurs. Une colonie de rats d’égout émergeant d’un minuscule trou, pointait leur noire frimousse, manière de me flanquer la frousse… Mais que faisait donc ce gros matou à part “miaou” ? Ne faudrait-il pas éradiquer ce problème par un puissant stratagème ? En versant tout simplement une petite dose d’arsenic, bien que l’endroit appartienne au domaine public… Après cet incident mouvementé, assise sur un rocher, jambes repliées, un petit vent frais s’était blotti à mes côtés. Ce magicien gémissait doucement, soulevait mes cheveux fins et tournait les pages de mon bouquin. Ce mage me câlinait, tout mon corps frissonnait et mon esprit s’abandonnait… Aucun bruit ne venait troubler cette paisible pause, de bonheur j’étais ivre et mon visage respirait la joie de vivre… Les confortables habitations aux murs et volets colorés harmonisaient ces ensembles ravissants, de hauts lampadaires éclairaient ces grands lotissements. Le soleil jouait de nouveau à cache-cache puis s’enfuyait subitement. L’onde devenait alors plus sombre tandis que sa complice m’invitait à rêvasser dans les bras de Morphée. Rentrée aussitôt à mon “do mi si la do ré” - jeu de mots musical, je m’endormais dans un songe apaisé et idéal… Pourtant dès potron-minet, une main invisible avait encor’ transformé ce somptueux décor. Quand le soleil s’éveillait, l’étang s’émerveillait… Ce Maître raffiné habillé d’or luisait comme un trésor et me cajolait avec finesse et délicatesse… mais la tramontane s’était mise d’un coup à souffler très fort… Donc revenons maintenant à nos chers moutons, c’est le cas de le dire ! Car les lames couvertes d’écume se rebellaient et se déchaînaient. Ces nobles vagues si surprenantes escaladaient les énormes digues et s’invitaient par les fenêtres qui n’étaient pas fermées. Ces intruses noyaient les allées goudronnées, arrosaient nos jardinets décorés, aspergeaient les promeneurs et les faisaient fuir ailleurs. Ces friponnes virevoltaient avec les mouettes en farandole secrète. Quel plaisir de les regarder tourbillonner, danser gracieusement en toute liberté, les ailes déployées à quelques pas de la jetée. Ces coquines s’amusaient, comme moi avec ma muse préférée. Afin de mieux parader à Sète dans ces régates si renommées, ces remarquables voiliers du dimanche agrémentés de voiles blanches, battaient tous les records de vitesse. Dans le lointain, ces “vedettes” filaient et défilaient comme une chenille qui scintillait. Je me souviens que par un bel après-midi sans souci, nous étions repartis dans la bonne humeur, en escapade dans notre “Petit baigneur”. Un gentil brin de vent et quelques amis charmants nous accompagnaient. En bordure de la sèche - banc de terre formant un petit îlot tout en longueur - nous descendions batifoler dans ces flots si chauds et désirables pour ramasser des coques enfouies dans le sable. Quel festival, les déguster sur place demeurait un vrai régal ! Quelques heures après notre délicieux festin, Compère Mistral laissa éclater sa colère, ce coquin ! Vraiment surpris par ce début de tourmente, nous étions pressés de prendre la tangente. Mais au moment de démarrer, le bateau s’était échoué. Plus on s’acharnait à le tirer d’un côté, plus le vent invincible et furieux le poussait de l’autre côté. Nous buvions la tasse à chaque nouvelle brasse et ces maudites rafales aiguisaient notre fringale. Quelle situation désespérée mais le voici enfin désensablé. Agrippés à la chaîne de l’ancre pour le stabiliser, avec nos yeux si rieurs, nous sautions par-dessus les vagues pour essayer de grimper à l’intérieur. Mais à chaque saut manqué, notre slip, lui, descendait. Même le ressac s’infiltrait dans la cabine, s’éclatait sur nos alléchantes tartines. Abandonnés à nos tristes sorts, ballottés de bâbord à tribord, nous voici revenus entiers, mais après tant d’efforts, pour enfin s’accoster et s’amarrer à notre corps-mort. Nous avions mal à la tête et nos dents jouaient des castagnettes, tous transformés en statue, en petite tenue et le sourire disparu… Imaginez notre situation dans le feu de l’action, quelle animation ! Bien orchestrée et en mesure, l’indésirable houle dirigeait notre aventure. Et par ce temps humide, quelques hommes-grenouilles intrépides, plongeaient avec leurs cordages en quête de coquillages… Le lendemain, je revivais, soulagée, ce mémorable souvenir qui aurait pu mal finir, et restais plantée avec mon inséparable K.way, évoquant ainsi le fameux sketch de Dany Boon… Face à cette digue inondée, la furie s’excitait sans cesse sur les galets usés. Cette amazone traversait le chenal endormi, s’enfuyait vers le canal engourdi et s’abandonnait tranquille vers notre jolie presqu’île, avant de recommencer. Nos majestés les mouettes profitaient de la tempête et planaient comme d’élégants cerfs-volants dirigés par le vent. Ces bancs de goélands si gracieux au grand cou blanc majestueux, au long bec épais, aux pattes palmés, se reposaient en toute sérénité sur les toits des maisons, sur les rampes des balcons. Je les apercevais se dandiner dans les ruelles ou sautiller dans les nacelles. Ces volatiles si adroits - non virtuoses de surcroît - se stimulaient par des cris de plaisir pour un instant de désir… Pendant la journée, quand le temps le permettait, ces donzelles se regroupaient régulièrement sur la pelouse nettoyée. C’est le quartier général où se passait leur festival, le stade étant animé et les buts bien gardés… Vous souvenez-vous de cet agréable sketch à propos de “la Pointe Courte” ? Raconté et mimé par l’humoriste local, Daniel Villanova, sur les places réservées le long des quais et les fils emmêlés… Dans ce quartier typique de pêcheurs, d’audacieux cambrioleurs avaient fait main basse sur des objets de valeur. J’ai lu plus tard dans notre quotidien habituel, que ces malfaiteurs et leurs revendeurs s’étaient fait arrêter pour vol et recel… Soudain, dans le lointain, j’entendais fredonner “la supplique pour être enterré sur la plage de Sète” du compositeur Georges Brassens, enfant du pays. Ecoutez-la vous aussi - non pas sur un disque bien sûr ! - mais sur un CD en son Espace dédié… La réalité, c’est ce qui continue d’exister lorsque l’on cesse d’y croire… et l’harmonie de mon sublime paradis durera ainsi toute la vie. Je me permets d’envoyer naturellement un sincère clin d’œil à tous les artistes cités et une touchante pensée à tous ceux qui nous ont quittés. Me voici vraiment inspirée et ma plume veut partager avec vous, cher jury, “Sète” plaisante prose qui nous a tous rajeunis et réjouis.

“Sète prose poétique vient de remporter le 1er prix au concours de poésie de la Vallée de l’Huveaune et de Marseille 2013″

“Cet agréable texte vient de remporter le 1er prix Douce France 2013 au 45ème concours de “Rencontres-île des poètes” à Ste Geneviève-des-Bois.

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Une semaine inoubliable vécue pendant ces années formidables. C’était notre premier voyage réputé dans un superbe avion et par-dessus les gros nuages en pleine ascension. Divinité la Nuit apparaissait enfin et le sommeil gagnait du terrain. Nous étions confortablement placés près des hublots pour moins souffrir du décalage horaire et prêts à plonger dans un rêve imaginaire. Sa Majesté le Ciel avait viré au bleu outre-mer et nous servait de douce couverture, tandis que les Stars scintillantes envoyaient leurs clins d’oeil approbateurs et accomplissaient leur show. Quant à son Altesse la Lune, elle illuminait ce tableau bien dessiné et contemplait notre romance sans arrêt, de son joli croissant doré. Je me blottissais petit à petit dans les bras de Morphée… Mais dès potron-minet, une main invisible avait transformé le décor. Réveillée par un beau steward apportant les succulents petits déjeuners accompagnés d’une musique d’ambiance, j’étais déjà prête à plaisanter et à danser… Derrière une aile de ce majestueux avion apparut l’île Bourbon, sa végétation luxuriante et ses bouches de feu, heureusement éteintes ! Maître Soleil accueillait tout simplement notre comité déchaîné, à l’aéroport Gillot, rebaptisé Rolland Garros, en hommage à cet aviateur natif de la ravissante île de la Réunion… Ici, ce ne sont plus les quatre saisons du compositeur Antonio Vivaldi, mais un charmant duo vivant en bonne entente, pardi ! L’hiver, à la fraîche, de mai à novembre et l’été, chaud et pluvieux, de décembre à avril - ne te découvre pas d’un fil !…
Le lendemain, aussitôt l’escapade commencée, tout aurait pu arriver, même Damoiselle Pluie était venue sans faire de bruit, mouillée de la tête aux pieds malgré mon épais k.way, rejouant ainsi le célèbre sketch de Dany Boon !… Quelques éclaircies plus tard, l’Astre câlinait à nouveau nos corps transis de sa délicate lumière et les enveloppait d’une douce chaleur. Ce conte de fées respirait l’atmosphère du bonheur et nous conviait copieusement aux brunchs vitaminés, buffets améliorés et rhum arrangé*. Invités cordialement à déguster les bouchons américains* - boulettes de viande de boeuf ou de porc enrobées dans une pâte fine, cuites à la vapeur, tout cela servi avec une délicieuse sauce pimentée, installés au-dessous de superbes filaos*, tout en dégustant la sublime Dodo* - bière fraîche locale. D’une évidente générosité, Mère Nature dévoilait de la sorte ses charmes somptueux. Les abondants arbres tropicaux demeuraient très appréciés, les Flamboyants aux fleurs orangées, les hauts bananiers avec leurs longues feuilles effilées. Les cocotiers géants atteignant vingt-cinq mètres de hauteur bordaient les interminables avenues. Nos déplacements s’effectuaient en autobus mais aucune sonnette ni carillon n’attirait notre attention, on devait taper deux fois dans nos mains et le car s’arrêtait, c’est certain !… Rendez-vous en matinée, marché des Camélias, au cœur de la ville de Saint-Denis, capitale de l’île vénérée. Il y a de quoi se constituer une jolie brassée de bouquets tropicaux, arums, anthuriums, hibiscus, amaryllis, bec-de-perroquet, impatientes, roses de porcelaine, lotus et notamment leurs légendaires orchidées. Les halles couvertes, dans un quartier populaire bien animé, où notre panier se remplissait encore de produits locaux, fruits si délicieux, légumes frais et variés : bananes, mangues, goyaves, papayes, pamplemousses, oranges, mandarines, citrons, pastèques, litchis, également viandes, volailles et objets de la vie courante. Les chouchous, pâtissons, pousses de bambous et cœurs de palmiers restaient très prisés, mais j’en oublie certainement… Il fallait déambuler un peu plus loin pour découvrir le grand marché malgache ne vivotant qu’au travers des expositions permanentes des artisans, proposant aux chalands des produits venant de Madagascar, nappes brodées, vanneries… S’en suivit une très agréable marche jusqu’à l’agglomération de Saint-Gilles afin d’admirer, au travers de cette réjouissante flânerie, son port si typique. Egalement faire la rencontre de commerçants bienveillants, le long des immenses quais pavés, en prospectant par-ci par-là, afin de dénicher l’objet convoité ou le cadeau original à ramener.
Dans cet océan resplendissant et limpide qui caressait le sable fin, inlassablement et selon un rythme lancinant, apparaissaient le fond argenté et ses ailerons dissimulés. La température de l’eau atteignait au moins vingt-six degrés, un rêve… à la fin de l’hiver ne l’oublions pas ! Goûtant ici le plaisir de la baignade, mais seulement sur les plages des lagons protégés par des récifs coralliens. Les fortes houles et surtout redoutables requins demeuraient ainsi à distance de nos ébats aquatiques. L’élégant rivage de sable blanc hébergeait à l’année galants et soupirants mais aussi somptueux coraux et lumineux coquillages. Notre audacieuse balade en amoureux, pieds nus sous ce ciel bleu, main dans la main sans penser au lendemain, témoignait de notre amour clandestin. Un farniente lascif éternisait ce doux moment agréable de détente sans danger, mais attention, pas de sieste sous les cocotiers, les lourdes noix risquant de tomber sur votre canotier !… Ensuite, le paysage contrasté de Saint-Leu dévoilait d’une autre façon ses gigantesques falaises et son aventureuse pêche au gros. Avec le Grand Bleu, le bien nommé, l’excursion au fil de l’eau parfaitement commentée, convenait à des allures de croisière, toujours accompagnée d’un banc de gentils dauphins si malins. L’enrichissante visite de l’aquarium fit également sensation, créa en moi de nouvelles émotions, un véritable safari sous-marin fidèlement reconstitué.
“L’éclosion” de cette île si séduisante fut créée grâce à deux événements successifs. Un premier incident volcanique réalisé par la naissance, émergeante, du Piton des Neiges, ce célèbre volcan éteint depuis longtemps, qui engendra la création des grands sites de Salazie, Cilaos et Mafate. Le second entraîna l’éruption - ne vous déplaise - du fameux Piton de la Fournaise, Roi des coulées de lave rougeoyantes et larmoyantes, d’ailleurs toujours épisodiquement en activité. L’incroyable avalanche de telles beautés naturelles éblouissait nos yeux ébahis, et méritait cette inhabituelle pause par ici.
Une autre caractéristique de cette île paradisiaque est la profusion de l’eau, élément essentiel de cette végétation luxuriante. Poétiquement appelé “Le voile de la Mariée”, la merveilleuse cascade, très connue localement et située à cinq cents mètres d’altitude, restait bien visible depuis l’étroite route sinueuse. Elle faisait ressortir la blancheur immaculée de son voile de “taffetas” sur un fond de verdure presque monochrome. Les jaillissements de l’eau photographiés sous toutes les coutures pendant que mon imagination s’envolait un court instant dans l’Aventure. Je m’voyais déjà -non pas en haut de l’affiche - mais en Tarzane endiablée, me balançant de liane en liane, sautant par-dessus les filets, grimpant le long du rempart montagneux, vagabondant sur le plateau accueillant et plongeant dans cette belle chute d’eau enchantée, amortissant ainsi ma culbute… pour me glisser dans cette belle parure. Quelques âmes charitables me ramenaient soudain à la réalité, vers ce paysage insolite. Savoir profiter pleinement de la tranquillité de ces lieux et contempler l’éclat de ce panorama dépaysant demeurait unique…
Le jour suivant, en plein coeur de Saint-Denis, Place de la Mairie, à l’intérieur de sa divine Cathédrale, un bel office émouvant, unissant chansons entonnées par des choristes de nationalités confondues, accompagnées par la mélodique de notre harmonie connue, me fit monter les larmes aux yeux. A proximité se distinguait le plus important Temple typiquement Tamoul, très élevé et haut en couleurs. Visite autorisée mais en respectant cependant certaines règles - pas de tenue légère, chaussures, cuir, photos. Ses fidèles , en tenue traditionnelle, quémandaient à la sortie une obole, une offrande. Non loin de la Cathédrale également, la première grande Mosquée de France ouvrait ses portes au public. Elle pouvait être fréquentée avec un guide pieux, à l’occasion du circuit religieux. Des moments exceptionnels et tellement forts où toutes ces communautés si différentes (indienne, chinoise, cafre, “Z’oreille”*…) se côtoyaient sans aucune animosité et en parfait œcuménisme. Cette île mérite bien son nom… de la Réunion !…
Dans la rue, commerçante, du Maréchal Joffre, assis à la terrasse d’un café, à l’ombre des palmiers, nous grignotions nos sandwichs préférés “escortés” d’une fraîche boisson aromatisée. En fin de journée, nous nous offrions une longue promenade au Barachois* - esplanade aménagée en front de mer, bordée de remarquables canons rutilants et cocotiers divers si surprenants, où une vue panoramique se dévoilait à nos regards fascinés par tant d’originalité…
Le folklore local s’accoutumait à notre participation active au fameux Dipavali* - fête religieuse hindoue, par nos ovations  et acclamations. Cette impressionnante parade de groupes musicaux aux personnages joyeux, revêtus de déguisements bariolés et masqués avec leurs chars bigarrés et pittoresques, ensorcelaient nos mirettes conquises. Au passage, tous ces artistes triomphaient grâce à nos applaudissements chaleureux et enthousiastes, immortalisant ainsi à jamais cette éternelle soirée. Un grandiose feu d’artifice clôturait cette semaine de festivités. Cela s’apparentait à une cavalcade, à un corso dynamique défilant lors de nos fêtes bucoliques et villageoises…
Le lendemain, ce fut une expédition au cœur de l’extraordinaire jardin botanique où une halte sympathique s’imposait. Ses senteurs printanières fragiles et si subtiles parfumaient nos narines sensibles. Nos pieds frémissaient dans l’eau glacé de la rivière, caressant les rochers de façon très régulière. Cette Dame berçait déjà nos esprits de sa sérénade mélodieuse tandis que le vent faiblissait, comme pour aller se reposer. De plaisants gazouillis et jolies mélodies d’oiseaux exotiques ajoutaient du charme à ce firmament magique. Les Bengali vivaient en colonie. Les Cardinals, ainsi nommés pour leur plumage rouge, peu farouches, faisaient volontiers acte de présence à table. Pour un peu, ils deviendraient même des invités indésirables… Je prêtais l’oreille au milieu de ces ritournelles sereines. Tous nos sens contribuaient positivement aux généreuses réjouissances festives. S’en suivit la divertissante ferme Corail où de grosses tortues adorables barbotaient dans leurs bassins et se laissaient taquiner chaleureusement, par des caresses et des chatouillements.
Nous voilà encore fascinés par les commentaires détaillés concernant la fabuleuse usine de canne à sucre transformée en musée - Stella Matutina. L’illustre complexe hôtelier la Résidence - Les Villas du Lagon, où fut enregistrée la première Star Academy, relâchait sa surveillance et ouvrait largement ses portes aux riches touristes et simples vacanciers. Camouflés en paparazzi surpris, surtout très discrets, caméra branchée, mes amis si complices espionnaient les stars cachées… Raté !…
Concernant l’Histoire de “Notre île La Princesse” et ses somptueuses richesses, en accompagnement avec son célèbre hymne officiel Ti fleur fanée* (refrain : Ti fleur fanée, ti fleur aimée, dia moin toujours, couc’ c’est l’amour…!!), il me faudrait bien plus qu’une semaine de repos bien mérité et ces quelques feuillets pour tout vous raconter.
Notre bel hôtel Alamanda* de Saint-Gilles déployait tout simplement ses ailes avec sa splendide piscine proche d’une véranda bien achalandée et ainsi révélait ses armes secrètes : bars à cocktails variés, punchs assaisonnés, rhums arrangés*, servis par des barmans typés très attentionnés, bonne cuisine -non pas au beurre mais épicée, et d’excellents buffets variés.
Nous commencions pourtant à prendre nos habitudes, comme à la maison en toute quiétude, mais voilà, nos chères vacances venaient de s’achever… L’avion, le car, retour à la case Départ, renouant avec le décalage “horair’”, tout en respirant un dernier grand bol d’air. Fermant les yeux pour d’autres cieux, oubliant à jamais ce bel inconnu qui n’était toujours pas venu, et qui ne saura jamais tout ce qu’il a perdu.. Un pur délice, un réel plaisir, un vrai moment de dépaysement qui m’a procuré d’agréables frissons afin de vous narrer - un p’tit coin de paradis, dans ses moindres détails. Ce merveilleux - et le mot n’est pas assez fort !… périple d’aventurière nous a tous rajeunis et réjouis. Ma plume a réveillé cet harmonieux souvenir et je partage avec vous, cher jury, Sète invitation à la rêverie, toujours en connivence avec mon adorable et inséparable muse attendrie.

* vocabulaire de l’île de la Réunion

Cet adorable texte vient de remporter le 2ème prix Carnet de voyages 2013 au 45ème concours “Rencontres-île des poètes” à Ste-Geneviève-des-Bois.

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Une inoubliable balade enchantée vécue au printemps dernier sur le Marais Poitevin. Tous assis dans son batai* aux formes originales, et au rythme balancé de sa pigouille*, Pascal, batelier renommé, nous racontait les fameuses légendes d’antan qui hantaient ce marais. D’une évidente générosité, Dame Nature dévoilait ainsi ses charmes somptueux. Promenade insolite, glissant lentement au fil de l’eau, afin de découvrir cette faune étonnante où, au loin, vaches et chevreuils se transformaient en espions. intrigués, nous vîmes l’étrange apparition d’énormes galeries creusées par les ragondins, des trous d’écrevisses, mais aussi des martins pêcheurs clandestins. Je prêtais l’oreille au milieu de ce calme serein, à la douce symphonie de ces charmantes poupoutes*. Soudain devenus les tristes otages de Madame la pluie, impitoyable, des trombes d’eau s’infiltraient de partout dans le bateau. Nous étions rapidement trempés de la tête aux pieds, gelés jusqu’aux os malgré nos épais k.way, rejouant ainsi le fameux sketch de Dany Boon ! mais tellement heureux ! Quelques éclaircies plus tard, Maître Soleil câlinait à nouveau notre embarcation de sa délicate lumière et enveloppait nos corps  transis d’une tendre chaleur. Ce conte de fées, peuplé d’elfes et de sylphes, respirait l’atmosphère sereine du bonheur. Une vue imprenable s’offrait à nos regards fascinés : d’imposants peupliers centenaires orlaient** de vertes prairies et de vastes pâturages. Des frênes, alignés et protégeant les berges du rivage, nous construisaient une magnifique haie d’honneur. La découverte des conques*, de rigoles et de fossés recouverts de minuscules lentilles, enchantaient nos yeux conquis, immortalisant à jamais ces reflets dorés sur l’immense canal scintillant de mille feux. Tandis que notre guide, malicieux, remuait la vase avec ardeur, des vapeurs remontaient des profondeurs. Comme chauffées par un briquet, elles animaient ce joli petit brasier aux lueurs colorées et dansaient avec vivacité en bordure de la barque en bois. Comme les danseuses d’un illustre cabaret, les “flammes”, en tenues dentelées, s’agitaient en cadence pour mieux subjuguer leurs spectateurs comblés. La plaisante mélodie du vent ajoutait du charme à ce paradis magique ; les senteurs printanières, si subtiles, embaumaient nos narines sensibles. Nos sens étaient à la fête ! Savoir savourer la tranquillité de ces lieux et contempler la beauté de ce site dépaysant demeuraient unique. Vagabonder dans ce sublime marigot équivalait à un pur moment de détente et me procurait une vive émotion ainsi que d’agréables frissons. Ce fut pour moi un réel plaisir  de partager ainsi cette invitation à la rêverie, en compagnie de ma muse et de vous conter ce merveilleux périple d’aventurière qui nous a tous rajeunis et réjouis.

* vocabulaire poitevin

** coudre un bord sans extrémité

“Cette prose a obtenu avec succès le 1er prix de prose poétique au concours poésie 2013 du CLUB 40 à Frontignan”.

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