Venise, Vidi, Vici…
Publié à 11:54 dans Humour apprécié...

J’me voyais déjà - non pas en haut de l’affiche - mais à Venise, cette ville idyllique si magique. Un véritable conte de fées animé où toute mon imagination entrait en action. Un lundi, en soirée, je partais donc, angélique, pour une petite semaine de vacances paradisiaques et qui sait démoniaques.
Une fois sur place dans cet éblouissant hôtel, comme une hallucination, plusieurs péripéties venaient me contrarier. Mon nid douillet venait d’être échangé, ma literie bien mouillée… Des horaires jamais respectés, des tours de manège supplémentaires - non réglementaires - autour de certains ronds points… Le bal masqué fut… démasqué ! Bref, de la bonne humeur à volonté !

Soudain, un mirage : l’apparition du superbe vaporetto* que j’ai failli manquer, avec toutes ces explications embrouillées. Sur la grandiose Place Saint Marc, une marée de badauds découvrait ainsi le somptueux Palais des Doges, l’élégante Cathédrale, tous les innombrables monuments à visiter… Sur la longue estrade improvisée, j’apercevais l’éblouissant cortège bien rythmé où des  personnalités, déguisées en noir et or, défilaient en cadence, s’il vous plaît !

La merveilleuse balade sur le Grand Canal fut mémorable. Mon charmant gondolier en costume d’apparat agrémenté du traditionnel canotier, conduisait sa gondole préférée avec maestria. Avec sa voix de ténor, nous poussions la chansonnette, comme pour s’étourdir. Mais au moment de négocier son virage à tribord, Sire Batelier prit appui, avec son pied, sur le mur décrépi, puis poussa énergiquement sur la rame. La barque tangua fortement tout en me déséquilibrant. A ce moment-là, la comtoise en profita pour carillonner les douze coups de minuit… Surprise, j’étais sur le point de dégringoler au bas de mon lit… Mais toujours dans un demi-sommeil, j’écoutais attentivement les commentaires très intéressants. Un passage éclair sur les îles de Burano et de Murano m’enchanta. Une belle journée m’attendait, j’imaginais ces nombreuses maisonnettes peintes de couleurs vives, d’étroites venelles pavées très passantes, de surprenantes vitrines achalandées. Les extraordinaires fabrications - dentelles et verrerie - autant artisanales qu’artistiques, m’ont époustouflée ; aussi, après avoir flâné à souhait, j’étais aux anges. Tous mes sens participaient à cette fête ! Revenue sur la terre ferme, l’agréable visite se poursuivit par celle du vaste marché et des ravissantes venelles. L’origine du majestueux Pont des soupirs doit son nom aux condamnés qui voyaient Venise pour la dernière fois. La compagnie d’un temps incertain m’a comblée. Tous les matins, devoir affronter Maître Soleil ou Reine Pluie, Seigneur Vent et Prince Froid tout azimut, quelle bravoure !!!

Pourquoi ne pas y organiser ce magnifique voyage de noces afin d’échanger nos splendides alliances dorées à l’or fin ? De généreux volatiles danseraient alors en plein ciel, avec d’éternelles banderoles colorées à souhait. Quel délicieux bien-être !

Patatras, le bus tombait en panne, ce bougre d’âne ! Lui aussi pétait les plombs et surtout ses fusibles… Cela engendrait des problèmes de ventilation, climatisation, essuie-glace, chauffage… impossible de revenir dans mon île singulière si particulière ! Un car belge venait d’être volé la veille de notre départ. Heureusement que ce n’était pas le notre… Mon redoutable réveil choisit ce moment très agité pour déclencher son éclatante sonnerie. Je m’agitais, tournais, retournais dans mes draps frais… “Quand te reverrai-je… pays merveilleux !” Quelle fumisterie avais-je donc subie ?

Les cafés les plus luxueux et les salons de thé les plus raffinés, aux immenses baies vitrées, étendaient leurs grandes terrasses sur la resplendissante Place Saint Marc. Ainsi, du verre d’eau sans arsenic, bien sûr !, aux nombreuses déclinaisons de cappuccino, les tarifs restaient toujours plein pot. Quotidiennement, les restaurants gastronomiques augmentaient leurs cartes, nuancées d’un euro au fur et à mesure que la date du fameux carnaval réputé approchait. Le service et les toilettes, en outre, n’étaient pas compris… Dans ce lieu princier, je me baladais tout simplement, bien tranquillement. Subitement, cette “chose” est arrivée sur ma jolie tête frisée. Pigeonnée à Venise ou pigeons nés à Venise ? Je me pose la question… Enfin ! Pour une fois que j’étais bien coiffée, un pigeon en plein vol, est venu me « chapeauter », plantant toutes ses griffes pour ne plus s’envoler. Monsieur me crêpait le chignon et se faisait des nœuds dans mes cheveux ondulés. Plus je criais fort, plus il s’affolait et tirait encor’. - “Aïe, aïe, aïe ! Mais il va tous me les arracher ! Malgré toute la place qu’il avait pour atterrir, il m’avait choisi pour cible !…” - Les promeneurs, ébahis, me regardaient, tous ravis du spectacle. Certains se marraient mais bien sûr, personne n’était venu m’aider. La vie n’était pas rose car j’aurai pu être chauve ! Heureusement que je ne portais pas une perruque, qui pourtant aurait été de circonstance, carnaval oblige. J’en avais plein la nuque que toute cette foule me reluque. Les mains en l’air  avec des mouvements saccadés, je gesticulais énervée comme un pantin désarticulé. Finalement, mon volatile a réussit à se dégager sans y laisser une plume. Il aurait terminé chez moi, dans une casserole avec des petits pois.

A Venise, je ne sais plus où vont tous ces pigeons… et surtout, qui sont les vrais pigeons…

 

*Bateau italien plus ou moins gros transportant les visiteurs de la lagune à Venise.

*Les commentaires sont clos.